STAGES ET EMPLOIS | PARTENARIAT
Education

Classement de Shanghai : " Ce palmarès ne dit rien de la qualité de l’enseignement au quotidien "

AA Admin ASKO ETUDE 21 août 2026 9 min de lecture 6 vues
Partager WhatsApp LinkedIn Facebook Commenter
Classement de Shanghai : " Ce palmarès ne dit rien de la qualité de l’enseignement au quotidien "

La France se positionne pour la première fois au 10e rang mondial de ce classement prestigieux. Un rang honorable mais qui ne doit pas être surinterprété, prévient Lamri Adoui, président de l’association France Universités.

Havard, Stanford et le MIT au sommet. Un top 10 uniquement constitué d’universités américaines et des britanniques Oxford et Cambridge. Bien que ne se distinguant pas par ses surprises, le classement de Shanghai fait partie de ces rendez-vous aussi redoutés qu’attendus par le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Publié chaque année au 15 août, il consacre depuis sa création en 2003 les universités anglo-saxonnes. Et pour cause, ses critères ont été retenus pour valoriser le modèle anglo-saxon, obligeant l’ensemble des universités mondiales à s’aligner pour gagner en visibilité. Année après année, l’Asie gagne des places, à commencer par la Chine, qui classe désormais 234 établissements (contre 187 pour les États-Unis).

Absente jusqu’en 2016, la France a elle aussi joué le jeu. L’édition 2026 – qui classe mille universités au total – compte aujourd’hui 27 établissements hexagonaux dans ce classement, ce qui permet à notre pays de se positionner cette année pour la première fois au 10e rang mondial.

Dans le détail, quatre établissements figurent dans le très scruté top 100 : Paris-Saclay reste la première université du monde non anglo-saxon, à la 13e place. Viennent ensuite l’université Paris Sciences et lettres (33e place), Sorbonne Université (55e) et Paris Cité (57e). Au-delà du top 100, 23 établissements hexagonaux sont classés, dont Strasbourg, Aix Marseille, Grenoble Alpes et Montpellier. Un palmarès globalement stable puisque deux universités y font leur entrée (l’université de Bretagne Occidentale et l’université d’Angers), et deux sortent (INSA Toulouse et Paris Est Créteil).

Mais alors que presque toutes les universités hexagonales ont voté un budget en déficit pour 2026, cette position étonnerait presque. Comment la France parvient à se distinguer malgré les difficultés budgétaires qui ne cessent de se multiplier dans le secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche ? Que reflète exactement le classement de Shanghai ? Lamri Adoui, président de l’université de Caen Normandie et de l’association France Universités, explique comment interpréter les résultats de cette année.

Le Point : Avec 27 universités classées, dont quatre dans le top 60, la France se positionne pour la première fois au 10e rang mondial du classement de Shanghai. Faut-il se réjouir de cette place ?

Lamri Adoui: Oui, il le faut, car cette place montre que nous avons des « champions » capables de rivaliser au plus haut niveau international. Il montre aussi que nous avons un maillage universitaire dense et performant, puisque 27 établissements se hissent dans le top 1 000 mondial, y compris des universités de taille plus modeste. Tout cela malgré des moyens limités, sans commune mesure avec les milliards de dollars investis dans la recherche par les grandes institutions américaines ou asiatiques.

Comment, alors, ces établissements ont-ils réussi à atteindre ce niveau ?

Cette place est d’abord due à la qualité de leur recherche évidemment, mais aussi à une tradition d’interdisciplinarité propre à l’enseignement supérieur français, et enfin aux partenariats établis entre universités, grandes écoles et organismes de recherche (CNRS, Inserm, etc.). Et puis surtout, il y a eu les regroupements universitaires, favorisés par les politiques publiques mises en place depuis 2007. Ces derniers ont également joué un rôle déterminant en faisant gagner les universités en visibilité. Pendant longtemps, des équipes qui travaillaient ensemble publiaient sous des signatures institutionnelles différentes : universités, grandes écoles, organismes de recherche. Leur production scientifique apparaissait donc dispersée dans les bases bibliométriques, sur lesquelles se basent les concepteurs du classement pour repérer les publications ou le nombre de chercheurs d’une institution. La création de grands ensembles uniques, comme Paris-Saclay ou PSL, les a rendues plus visibles à l’international.

Qu’est-ce que cela dit de l’université française ?

Ce classement montre la puissance de la recherche fondamentale de la France, et rien d’autre. Il faut rappeler, pour le comprendre, les six critères sur lesquels se fondent les auteurs : nombre de Prix Nobel et de médaillés Fields parmi les chercheurs (20 % du score) et les alumni (10 %), nombre de chercheurs les plus cités dans leurs disciplines (20 %), nombre d’articles publiés dans les revues Nature et Science (20 %), le nombre d’articles indexés dans Science Citation Index et Social Sciences Citation Index (20 %) et, enfin, performance académique au regard de la taille de l’institution (10 %).

Des critères purement quantitatifs…

En effet. Ils ne disent rien de la qualité de l’enseignement au quotidien, de l’innovation pédagogique, de l’insertion professionnelle, de l’égalité des chances sur tous nos territoires ou de la diffusion scientifique qui sont pourtant des missions fondamentales de l’université française. Ce classement ne se concentre également que sur les bases de données dédiées aux sciences et technologies, à la médecine, et quelques pans des sciences sociales. Il délaisse donc particulièrement les sciences humaines ou encore le droit. Autre biais : les articles recensés dans ces bases de données ne sont pratiquement qu’en anglais, cela fait passer sous les radars de nombreuses publications françaises.

Qui ce classement intéresse-t-il alors ?

Les étudiants internationaux et les doctorants, particulièrement en sciences dures qui cherchent un écosystème de recherche spécifique pour leur thèse peuvent s’y intéresser, tout en gardant en tête un autre angle mort important du classement : la liberté académique, qui permet de choisir librement son thème de recherche, en dehors de toute pression politique, économique ou religieuse. Or, c’est un concept auquel on tient beaucoup en France et en Europe, car c’est en laissant les chercheurs libres d’aller où ils souhaitent que vous permettez aux innovations de rupture d’émerger.

Être dans le classement de Shanghai suppose tout de même d’avoir des enseignants-chercheurs de qualité. Un étudiant ou futur étudiant n’a-t-il pas intérêt à consulter ce classement pour choisir sa licence ou son master, si celui-ci touche aux sciences fondamentales ?

La formation universitaire étant nourrie par la recherche dès le premier cycle, il est évidemment précieux de disposer de chercheuses et chercheurs de grande qualité. Mais les universités ne fonctionnent pas toute de la même manière : certaines choisissent de positionner ces collègues sur des formations de premier cycle, d’autres sur des enseignements de spécialité de niveau master et doctorat. Des chercheurs sont même parfois en partie déchargés d’enseignement (c’est le cas par exemple des collègues intégrant l’institut universitaire de France). Il n’y a donc pas de règle systématique et il serait un peu prématuré pour un futur étudiant de premier cycle de déterminer sa licence via Parcoursup sur ce critère.

Pourquoi ce classement est-il tant regardé, compte tenu de tous ces biais ?

Probablement parce qu’il fait partie des premiers. Lorsqu’il a été créé, en 2006, personne n’avait encore eu l’audace de classer les universités à une échelle mondiale. Cela a marqué les esprits. Il a également fait l’objet d’un marketing considérable de la part des universités anglo-saxonnes qui se trouvaient à sa tête, qui étaient à l’époque déjà des établissements de prestige particulièrement écoutés. Le fait qu’il soit publié le 15 août, à une période où l’actualité est moins dense en France, a sans doute contribué aussi à en faire en rendez-vous particulièrement commenté.

Alors que la quasi-totalité des universités françaises ont voté un budget en déficit pour 2026, n’y a-t-il un problème à diriger les investissements publics vers quelques établissements d’excellence plutôt que de soutenir de manière égalitaire l’ensemble des universités françaises ?

Les grands programmes d’investissement ont donné à la France quelques établissements capables de peser dans la compétition internationale. C’est important, car il y a derrière des enjeux de développement de recherche de haut niveau dans un contexte de compétition et d’émulation internationale accrues, de soft power et de diplomatie scientifique. Mais cela ne doit pas se faire au détriment des subventions pour charge de service public, qui permettent aux universités de recruter, d’entretenir leur patrimoine, de financer la recherche, l’innovation pédagogique et la vie étudiante dans de bonnes conditions. On le sait : un euro investi dans l’enseignement supérieur, c’est plusieurs euros de retombées économiques. C’est aussi une question de souveraineté : investir dans l’enseignement supérieur et la recherche permet à la France de rester en capacité de maîtriser les technologies et les connaissances qui détermineront son avenir, notamment dans l’intelligence artificielle, les transitions écologiques ou la santé.

L’Europe n’aurait-elle pas intérêt à promouvoir son propre classement valorisant ses propres valeurs : liberté académique, impact sociétal de la science, interdisciplinarité, égalité des chances, etc ?

Absolument. C’est tout le sens du classement de l’université de Leiden (CWTS Leiden Ranking Open Edition), qui valorise la recherche ouverte, financée par exemple par des fonds européens, donc publics, et non dirigée. Ce classement a un impact pour l’instant marginal, mais il mériterait d’être davantage valorisé.

Le point

Commentaires (0)

Soyez le premier à commenter cet article !

Laisser un commentaire

Discuter avec un conseiller